Archive pour la catégorie ‘Lectures pertinentes’

ARLES, 2000 ans de culture et d’histoire par Michel Bonnefoy

Lundi 28 décembre 2009
Michel Bonnefoy écrivain et félibre nous informe qu’il vient de publier « ARLES, 2000 ans de culture et d’histoire, 30€
 
Photo La Provence

 Michel Bonnefoy

Photo La Provence

Voici ce que Michel Bonnefoy nous écrit « Dans ce guide, tout entier tourné vers la découverte de la ville d’Arles (Arle, en Provençal), vous verrez des monuments romains (Amphithéâtre, Théâtre antique, Cryptoportiques, Vénus d’Arles, Thermes romains, cimetière des Alyscamps), d’autres du Moyen Âge (maison des Podestats, Saint Trophime et son cloître, point de départ d’un des chemins de Compostelle, l’Abbaye de Montmajour) et enfin des monuments du 16° au 20° siècle (l’hôtel de ville avec sa voûte plate, merveille de stéréotomie, tout comme dans le temple protestant, ainsi que de très beaux hôtels particuliers des 17° et 18° siècles).

Sur les Lices, le samedi, vous verrez un des plus beaux marchés de Provence. Vous verrez les arlésiennes, joliment peintes par Léo Lelée,  vous visiterez le musée de l’Arles antique avec le buste de Jules César, le musée arlaten créé par Frédéric Mistral, avec l’argent de son prix Nobel de littérature, le musée Réattu, ancien grand prieuré de Malte avec, entre autres, une soixantaine de dessins et peintures de Picasso.  Van Gogh aussi est venu en Arles et nous a laissé de beaux tableaux…. » La suite dans son livre passionnant et abondamment illustré. Un cadeau à faire pour Noël, un anniversaire, la fête des mères? Encouragez les écrivains locaux qui se donnent du mal pour écrire des ouvrages culturels publiés à compte d’auteur. Commander sur le site :http://www.visiter-arles.fr

Bonne lecture

Guy Lesoeurs

Ciel! Tu ne réponds jamais et pour cause…

Samedi 5 décembre 2009
Léon et Stéphanie

Léon et Stéphanie

Léon Ouaknine, notre ami français du Canada, vient de publier aux Editions Grenier à Montréal :  » Il n’y a jamais eu d’abonné au N° que vous avez appelé! Conversations entre un père et sa fille » (285 pages, 19 dollars canadiens), un ouvrage que nombre de bien-pensants classeront dans les ouvrages iconoclastes ! Et ils auront bien raison, pour une fois !

Mais le livre de Léon va beaucoup plus loin que le pamphlet anti-clérical ou anti-Dieu , il est l’œuvre d’une pensée lucide au travail qui tente de démonter les effets malsains des croyances et des establishments religieux. Léon s’attaque aux croyances établies et aux idées reçues par les hommes d’un dieu qu’il soit chrétien, judaïque ou musulman.

Je ne dirai pas que Léon est athée car ce serait l’affubler d’une croyance, celle de l’inexistence de dieu (au passage, remarquez que je ne mets pas de majuscules au mot « dieu » ; non pas que je sois sous influence car Léon continue lui d’en mettre une- ce qui me semble un reliquat de respect même à l’inexistant- mais parce que je décide dans cet article de le prendre comme un objet et non comme un sujet).

Laïc : c’est le mot qui pourrait le mieux s’approcher de Léon à condition qu’on lui colle l’adjectif « raisonnable ». Léon est un laïc « plein d’usage et raison » qui est revenu … au Québec « pour vivre entre ses parents le reste de son âge » (du Bellay).

Voilà pour l’auteur. Quant à Stéphanie, sa fille, plutôt qu’un faire-valoir des idées de Léon, elle lui apporte par ses questions une réplique intelligente sans naïveté feinte.

Editions Grenier, Montréal

Editions Grenier, Montréal

Cet ouvrage est une vraie et belle thèse c’est-à-dire que Léon démontre pourquoi l’individu et le groupe ont eu besoin de religion « l’un des plus forts agents que l’humanité ait jamais inventé pour unir, solidifier et préserver les caractères spécifiques des groupements d’homo sapiens depuis ses débuts en petites bandes familiales jusqu’à la tribu et la nation » (p.79) . Léon analyse, avec sa fille, les preuves de l’inexistence de dieu et surtout en montre toutes les conséquences politiques, éthiques et civilisationnelles.  

Pour reprendre une phrase  célèbre à propos de la liberté : religion, que de crimes commis en ton nom ! De l’inquisition au jihad islamique en passant par les dragonnades qui poussèrent à l’immigration mes ancêtres (oui les miens) vers Saint Hélier et Londres !

« Quoi de commun entre les attentats contre des cliniques d’avortement aux Etats-Unis et le jihad islamique en Algérie ? Quoi de commun, si ce n’est le refus de la liberté de l’autre  au noms de valeurs sacrées, révélées en d’autres temps  et d’autres lieux, par les messagers de Dieu ! » (p.13)

A Stéphanie qui s’étonne : « les religions n’ont pas les mains nettes. Pourquoi malgré tout jouissent –elles d’une telle impunité ? » Léon répond « Pour deux raisons : d’abord parce que la religion agit comme une force de cohésion ethnocentrique de son  troupeau…[…] cette impunité tient à sa fonction d’intermédiaire pour l’obtention de l’absolution divine des actes mauvais. […] comment oser , dans ces conditions, interpeller la religion, intercesseur auprès du ciel , pour exiger qu’elle rende des comptes ; peu de gens s’y risquent. » (pp.80,81).

Il faut aussi dire, mon cher Léon, que l’histoire proche nous montre qu’en religion comme en politique, les pervers, les fanatiques sont ceux qui sont le plus facilement crus au détriment des gens de bon sens, ceux qui ne font pas de bruit. Les croyants, manipulés et soutenus par leurs prêtres extrêmists, se livrent alors aux pires excès. Je suis aussi déçu que Cabu par l’attitude on ne peut plus tiède des religieux qui savent faire la part des choses, et il y en a beaucoup.

  » Je suis frappé de voir, en ce qui concerne les musulmans, à quel point les modérés ne s’expriment pas et laissent faire des choses terribles en leur nom.  » Cabu, dessinateur. 

 Léon Ouaknine est donc un homme de raison et de savoir. Il écrit «  qu’il ne se cache pas d’un parti pris délibéré pour la raison sur la foi, pour la connaissance sur la croyance, pour l’éthique réfléchie  sur les catéchismes en tous genres. Ce choix n’est pas arbitraire. L’usage de la raison offre une prise argumentée du réel, ce que ne font pas les religions, réduites à la foi, aux incantations et aux prières. »

Dans un monde idéal fait de respect mutuel et de bonne entente entre les terriens, le fait de croire au sacré ne devrait pas altérer le jugement au point de commettre des crimes contre la liberté. Utopie de ma part ?

Dans sa conclusion, Léon va plus loin en opposant Dieu et la Raison (mettons des majuscules!) et il nous dit clairement que l’esprit humain traîne la religion comme un boulet depuis des temps immémoriaux et que cela va aujourd’hui encore l’empêcher de relever de nouveaux défis. Ainsi, s’affranchir de la religion devrait être faire partie le viatique pour le futur, pour un autre Etre humain.

Ton livre m’a breaucoup fait réfléchir … moi qui mets mon espoir en l’homme et qui pense que Dieu existe et qu’il est en nous… Le reste n’est qu’histoires de prêtres de toute confession et cela ne m’intéresse pas plus que les arguments pour ou contre les minarets à côté du château Frontenac, de la cathédrale de Bâle, du Musée du Louvre ou de la chapelle des Baux de Provence…A te lire, Léon..

 Guy Lesoeurs

Lancement du livre au Québec suivre…

http://www.lebruyant.com/index.php?option=com_content&task=view&id=286&Itemid=36&limit=1&limitstart=1

Puisque c’est ça la vie…de Michèle Lajoux

Vendredi 6 novembre 2009

Puisque c'est ça la vie. Michèle LajouxAvec « Puisque c’est ça la vie » Michèle Lajoux publie son second roman aux Editions Le Cherche Midi.

Une réflexion sans concession avec cependant beaucoup d’émotion pour décrire l’entrée dans la vie d’une enfant puis d’une jeune fille dans les années 1960-70. Le poids de la famille, des interdits qui, s’il empêchait les jeunes, surtout les filles, de vivre leur vie comme ils l’entendaient, forgeait le caractère et obligeait à se dépasser pour exprimer cette énergie dans une révolte passive. Révolte passive… oxymoron certes! mais révélateur d’un état d’esprit qui, à l’aulne de 2009, peut paraître étrangement actuel.

Nous reviendrons sur ce livre, qui vient de sortir en librairie au prix de 17 €

Guy Lesoeurs

Claude Lévi-Strauss, un explorateur de l’esprit humain

Mercredi 4 novembre 2009

TRISTES TROPIQUES« L’ethnologie est d’abord une psychologie » (La Pensée sauvage, Plon, 1962, 1969)

Claude Lévi-Strauss vient de disparaître; c’était un grand homme et une pensée vivante. Selon Michel Matarasso, notre regretté professeur d’anthropologie médicale à Paris 13, Lévi-Strauss était  » un explorateur de l’esprit humain ». Je tente dans ce court article  de comprendre pourquoi.

Le projet de Claude Lévi-Strauss est d’explorer l’esprit humain et notamment la pensée inconsciente qui le gouverne au moyen des systèmes symboliques comme le langage, la représentation des liens de parenté ou les mythes. Il s’agit plus d’une approche cognitive qu’émotionnelle, à savoir que les affects rentrent peu en ligne de compte du moins en tant que causes des pensées et des actes humains mais plutôt comme des conséquences; les aspects psychologiques découlant essentiellement des données sociologiques.  Lévi-Strauss ne nie pas, pour autant, la dimension émotionnelle mais la pense comme une résultante et non comme un déclencheur. C’est ainsi que dans « Le Cru et le cuit » (1964), volume premier de l’opus « Les Mythologiques », Lévi-Strauss compare la musique et la mythologie en tant que systèmes construits d’abord et qui peuvent être sources d’émotions mais cette conséquence ne l’intéresse pas outre mesure.

S’il existe un inconscient Lévi-straussien, il n’a rien à voir avec celui de Freud, car il ne laisse aucune place aux pulsions et au refoulé. Cet inconscient structure les représentations du monde de par sa fonction symbolique qui donne un sens, d’où l’appellation du courant de pensée que Claude Lévi-Strauss incarne : le structuralisme .

En donnant une importance capitale aux inter-relations entre les groupes plutôt qu’au groupe lui-même, Lévi-Strauss a changé le paradigme habituel de l’anthropologie. L’objet d’étude nécessite alors un décentrage plus net de sa propre culture. La recherche anthropologique n’est plus focalisée sur le détail d’un objet ou d’un habitus mais sur le lien et la relation que ce dernier crée entre les membres du groupe et au delà sur sa vocation peut-être universelle, sans sacrifier, toutefois à la tentation  universaliste et à la généralisation excessive.

Derrière tout mythe, Lévi-Strauss nous invite à découvrir la parole, les signes d’un langage construit sur des invariants ou des universaux, les « mythèmes » que l’on retrouve d’une culture à l’autre.

Avec « Anthropologie structurale » publié en 1958 et « Anthropologie structurale deux » (1973) , Claude Lévi-Strauss donne corps à sa théorie sur les peuples premiers et leurs mythes, travail qu’il peaufinera dans la « la Pensée sauvage » (1962) et les « Mythologiques » (4 volumes de 1964 à 1971).

Pour Philippe Descola, successeur actuel de Claude Lévi-Strauss à la chaire d’anthropologie sociale au Collège de France, c’est « L’œuvre scientifique considérable de Lévi-Strauss ne doit pas faire oublier l’importance de sa réflexion morale : dénonçant sans relâche l’appauvrissement conjoint de la diversité des cultures et des espèces naturelles, il a toujours vu dans l’anthropologie un instrument critique des préjugés, notamment raciaux, en même temps qu’un moyen de mettre en œuvre un humanisme « généralisé ». »

Claude Lévi-Strauss est né le 28/11/1908 à Bruxelles et décédé le 30/11/2009 à Paris. Après plus de quatre années de travail (1935-1939) sur le terrain auprès des Indiens d’Amazonie brésilienne, il publie sa thèse « Les Structures élémentaires de la parenté » (1949) ouvrage incontournable pour les chercheurs en anthropologie et qui sera suivie de nombreux ouvrages qui font autorité . Son ouvrage sans doute le plus célèbre auprès du grand public est « Tristes tropiques (1955).

« Quand nous commettons l’erreur de croire le sauvage exclusivement gouverné par ses besoins organiques ou économiques, nous ne prenons pas garde qu’il nous adresse le même reproche, et qu’à lui, son propre désir de savoir paraît mieux équilibré que le nôtre ». (« La Pensée sauvage »)

Guy Lesoeurs

Bibliographie

Comprendre Claude Lévi-Strauss, un numéro spécial de la revue Sciences Humaines, novembre-décembre 2008. 

Bertholet D., Claude Lévi-Strauss, Odile Jacob, 2008.

Cazier J.-Ph. (dir.), Abécédaire de Claude Lévi-Strauss, Éditions Sils Maria, 2008 (ISBN : 978-2-930242-57-6)

Hénaff M., Claude Lévi-Strauss, Belfond, 1991.

 Hors-série de la Lettre du Collège de France, « Claude Lévi-Strauss, centième anniversaire », novembre 2008.

Filmographie

Claude Lévi-Strauss, entretien avec Bernard Pivot du 4 mai 1984, DVD édité par les éditions Gallimard et l’INA, 2004.

Claude Lévi-Strauss, un film d’entretiens réalisé par Jean José Marchand et Pierre Beuchot produit par l’INA & Arte, et proposé en DVD par les Éditions Montparnasse.

Documentaire 52′ : À propos de « Tristes Tropiques » 1991 – Film Super 16.

SE SENTIR BIEN AU TRAVAIL…ET NE PAS Y MOURIR

Samedi 24 octobre 2009
Les masques en disent long...

Les masques en disent long...

Se sentir bien au travail… et ne pas y mourir d’ennui (mort lente) ou tout court!

Récemment, dans les séminaires de management que j’ai le plaisir d’animer soit dans le Mastère management de l’Industrie Pharmaceutique à l’ESC Dijon Bourgogne (Directeur Céline Soulas) soit  dans le programme original de Management en alternance  (Fac 6° année Pharma/entreprise) MOI²SE qui existe depuis deux ans à l’UFR Pharmacie de Dijon, programme créé et dirigé par Madame le Professeur Sylvette Huichard, nous abordons avec les participants les compétences et qualités humaines du manager. Nous discutons de l’équilibre entre l’orientation objectifs de rentabilité, gains de productivité etc…(Task oriented mind) et l’attention aux problèmes humains et à l’épanouissement de ses Collaborateurs (Human oriented mind) que doit constamment avoir en tête le Manager d’une équipe. Quand je demande, en début de séminaire, aux apprentis managers quel serait leur premier objectif dans leur vie professionnelle, j’obtiens des réponses assez diverses de type économique, apprentissage, acquisition d’expériences etc. L’une des réponses « se sentir bien dans l’entreprise » a retenu particulièrement mon attention. Nous en avons discuté avec les participants. Pour ma part, avec la certitude (?) forgée par 40 années passées dans l’entreprise, j’ai pensé de prime abord que, compte tenu de ce que les Médias nous rapportent tous les jours, cet objectif ne devait plus être à l’ordre du jour et que, exprimée telle quelle devant un recruteur ou un DRH, cette vision de l’entreprise pourrait desservir un candidat. Cependant, à la réflexion, je réalise que c’est certainement l’un des meilleurs objectifs qui soient aujourd’hui car s’il est mis en pratique, il permet la réalisation de grandes choses. Le manager hypermoderne, fort de sa capacité d’adaptation (l’image si juste de l’embrayage a été apportée par l’un des participants) et sa fluidité d’esprit, pourra, dans une entreprise « adulte »  (dans le sens de l’analyse transactionnelle) s’y réaliser. L’entreprise « adulte » est conduite par des managers qui font attention à la personne et la respectent, dans une bonne ambiance de travail….et dans l’atteinte d’objectifs réalistes fixés par l’entreprise. Le Manager digne de cette fonction sait détecter et renforcer l’énergie positive…et, si l’on emprunte à la sémantique psychanalytique, animer des pulsions de vie plutôt qu’entretrenir des pulsions de mort par le stress. Dans le combat perpétuel qu’Eros et Thanatos se livrent dans notre moi intime, trouvons la seule voie pérenne, celle de l’épanouissement.

Merci aux futurs managers de MOI²SE (6° année de pharmacie option industrie) d’avoir exprimé leur authenticité en formulant cet objectif de haute valeur « se sentir bien dans l’entreprise » car il nous fait  réfléchir.

Pour être complet, je souhaite vous signaler le documentaire « La mise à mort du travail: Destruction, aliénation, dépression  » que France 3 diffusera, le lundi 26 octobre prochain à 20 h 35. C’est un documentaire sur l’organisation actuelle du travail salarié et le management par le stress qu’elle soustend. 
Les drames humains (suicides chez France Telecom ou chez Renault ou ailleurs mais nous ne le savons pas…) et les effets délétères incommensurables économiques et humains que cette recherche du rentable à court terme induit y sont analysés avec une grande objectivité. La seconde partie du documentaire sera diffusée, sur la même chaîne, le jeudi 29 octobre.
La plaquette jointe (lien ci-après) MISE A MORT DU TRAVAIL vaut d’être lue, elle contient des données chiffrées et synthétise le propos du film de façon pertinente.
Voici donc deux émissions à voir absolument et à faire connaître auprès de vos collègues, amis et supérieurs hiérarchiques.

Avis aux futurs managers : ne soyez pas le torero qui, agitant devant ses collaborateurs la muleta rouge du stress, met à mort le taureau. Cette attitude antique, pour autant qu’elle paraisse brave, ne contribue qu’à maintenir un état d’arène sanglante. (à suivre)